Des milliers de Guinéens derrière Cellou Dalein Diallo

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Des foules de Guinéens enfiévrés se sont pressées jeudi à la rencontre de Cellou Dalein Diallo, principal adversaire du chef de l’Etat sortant, à son retour de province, à l’entame de la dernière ligne droite avant la présidentielle.

Le président Alpha Condé était lui-même rentré à Conakry mercredi soir après avoir écumé le pays en hélicoptère pendant plusieurs jours malgré ses 82 ans, pour haranguer des foules chauffées à blanc, pourfendre Cellou Dalein Diallo et faire mentir ce dernier sur sa santé déclinante.

Douze candidats sont en lice dimanche. Mais la direction de la Guinée pendant les six prochaines années devrait se jouer entre les deux rivaux qui se sont affrontés en 2010 et 2015.

Le centre de Conakry a encore résonné jeudi matin du vacarme assourdissant de klaxons, de sirènes et de sifflets produit par un interminable cortège de semi-remorques transportant des partisans de M. Condé, arborant la couleur jaune du parti au pouvoir.

La manifestation a fait craindre, dans l’atmosphère volatile d’une campagne acrimonieuse, une collision avec les aficionados de Cellou Dalein Diallo. Elle n’a pas eu lieu, le défilé de camions retournant vers le port sans heurt après avoir fait une sortie sur l’autoroute.

De tout Conakry, des milliers de sympathisants de M. Diallo ont convergé vers la périphérie de la capitale pour accueillir leur champion de 68 ans qui revenait, lui aussi, de faire campagne à l’intérieur, portant le message du changement après dix années de présidence Condé.

Une nuée de motos pétaradantes a filé sous le soleil au-devant du candidat slalomant entre les partisans progressant ou attendant en grappes serrées dans un tintamarre de cornes et d’avertisseurs sonores.

« Depuis dix ans on est dans la souffrance derrière ce Monsieur, ce vieillard de 90 ans, 92 ans, nous sommes fatigués, nous sommes là pour l’alternance« , s’est exclamé Baldé Mamadou Oury, 35 ans, mécanicien de formation mais sans véritable emploi.

M. Condé est devenu en 2010 en remportant le second tour le premier président élu lors d’un scrutin véritablement compétitif après des décennies de régimes autoritaires. Il a été réélu au premier tour en 2015.

L’élection de 2020 n’échappe pas aux tensions qu’ont connues les deux précédentes, ternies par la violence et la contestation.

Des Guinéens interrogés par l’AFP à Conakry, comme la communauté internationale, s’inquiètent du déroulement du vote et plus encore de ses lendemains, dans un pays coutumier de l’affrontement physique en politique.

Vigilance internationale –

Ces derniers jours, des heurts rapportés entre militants des deux camps ont fait plusieurs blessés dans différentes localités.

« Une difficulté majeure, c’est la question de la reconnaissance, de l’acceptation des résultats des urnes« , dit Kabinet Fofana, président de l’Association guinéenne de sciences politiques.

Depuis un an, des milliers de Guinéens ont manifesté pour faire barrage à un troisième mandat de M. Condé qui tire argument de l’adoption d’une nouvelle Constitution à son instigation pour se représenter.

La mobilisation a été sévèrement réprimée et des dizaines de civils ont été tués, autorités et opposition se rejetant la responsabilité de ces morts.

A l’ouverture d’un cycle de présidentielles à travers l’Afrique de l’Ouest d’ici à la fin de l’année, les défenseurs de la démocratie sont nombreux à voir une éventuelle reconduction de M. Condé comme un mauvais augure pour leur cause dans la région.

L’inquiétude a été avivée par le ton d’une campagne plus hargneuse que programmatique, dans un pays de quelque 13 millions d’habitants pourtant confronté à de grandes difficultés. Plus d’un Guinéen sur deux vit dans la pauvreté malgré d’immenses ressources nationales, minières ou hydrologiques.

Les grandes organisations internationales se sont alarmées de « discours de haine à relent ethnique » après notamment que M. Condé eut mis en garde les électeurs malinkés contre la tentation de voter pour un autre candidat de cette communauté que lui.

Les appartenances communautaires sont un important facteur, les Malinkés se reconnaissant majoritairement dans le parti de M. Condé, les Peuls dans celui de M. Diallo. Les deux groupes représenteraient largement plus de la moitié de la population.

– Santé présidentielle –

M. Diallo a accusé M. Condé d' »instrumentaliser » le fait ethnique. Il veut incarner le changement avec un pouvoir « despotique » qui « pillerait » les ressources du pays. Il affirme que M. Condé « n’a plus la capacité physique et intellectuelle d’exercer ».

Le propos semble avoir piqué au vif M. Condé qui a monté à la hâte une tournée à travers le pays.

Enchaînant les meetings de ville en ville, survolté, gesticulant, il a invoqué les progrès économiques d’un pays qu’il dit avoir trouvé en ruines et dont il promet de faire « la deuxième puissance (économique) africaine après le Nigeria ».

« Ils sont venus vous dire + le président est malade+, il est couché, il ne peut plus se lever », s’est-il gaussé à Kissidougou (Sud) avec une grimace forcée, « ceux qui veulent m’envoyer au cimetière iront avant moi« .

Un éventuel second tour est prévu le 24 novembre.

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