Des malades ivoiriens volent au secours de soldats français
Deux soldats français victimes d’un crash aérien en Côte-d’Ivoire ont été sauvés par un village de lépreux. Le 28 août dernier, l’horloge de chez Gilbert Raffier, à Cabriès (Bouches-du-Rhône) affichait 21 h 30. L’ancien médecin militaire, âgé de 82 ans, reçoit alors un appel inquiétant. C’est Jean-Claude Nambia, en Côte-d’Ivoire : « Docteur, un hélicoptère transportant des soldats français s’est écrasé à quelques mètres de notre village. »Le village en question s’appelle Raffierkro, en hommage au médecin français. Et pour cause, il en est le père fondateur. « J’ai construit ce village en 1963. Alors spécialiste des maladies tropicales, j’avais sillonné la brousse ivoirienne à la recherche de lépreux. Puis j’ai découvert cet endroit où étaient parqués une dizaine de malades, dans des cases de béton. J’y ai installé des maisons, une école, une cantine scolaire… Voilà quarante-cinq ans que je m’occupe de ces lépreux et de leur descendance », raconte simplement Gilbert Raffier. Il vient d’être sacré « chef coutumier » du village.
Jeudi soir, Jean-Claude Nambia et d’autres habitants de Raffierkro ont entendu une forte déflagration et se sont dirigés vers l’origine du bruit. Ils ont découvert un hélicoptère en feu, prêt à exploser. Risquant leur vie à tout instant, les hommes n’ont pas hésité à s’approcher de l’appareil pour en extraire deux militaires français. Toujours vivants, mais très blessés.
Communication triangulaire
« Jean-Claude a ensuite pris la voiture du village pour les emmener dans le centre de soins le plus proche », poursuit le Dr Raffier. D’abord refoulés des locaux de l’ONU, les hommes ont décidé de contacter le Dr Raffier dans les Bouches-du-Rhône pour qu’il appelle les soldats français basés à Abidjan. Gilbert Raffier a alors joint le colonel chargé des actions civilo-militaires de la France en Côte-d’Ivoire. Ce dernier s’est immédiatement rendu à l’état-major pour l’informer de l’accident et a signalé au docteur que les militaires d’Abidjan étaient restés sans nouvelles des deux soldats, partis en vol d’entraînement.
C’est grâce à cette communication, aux informations qu’il obtenait du jeune homme en Côte-d’Ivoire, que Gilbert Raffier a pu au fil des heures renseigner l’état-major et le colonel sur le déroulement des événements. Finalement, Jean-Claude Nambia et ses amis ont pu atteindre l’antenne chirurgicale de l’armée à Bouaké, qui a été prévenue par le colonel. Treize jours après l’accident, les deux soldats, d’abord transférés à Abidjan puis soignés dans un hôpital parisien, sont quasiment sortis d’affaire.
Contactés par Gilbert Raffier, ils se sont dit « reconnaissants pour ce qui s’est passé » et se sont déclarés en bonne santé. Hier, la grand-mère de l’un d’eux a également remercié le docteur et ses amis ivoiriens pour le « merveilleux travail accompli ».
Quant au père fondateur de Raffierkro – qui compte retourner voir les siens d’ici à la fin de l’année –, il s’est dit « fier de voir que son village, qui compte aujourd’hui un millier d’habitants, sert d’exemple ».
S: francesoir
10.09.2008. 05:32
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