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Francis Wodié, candidat du Pit : “L’accord de Ouaga n’a rien réglé”

La fin de la convention de son parti a été sanctionnée par un échange entre le président du Pit Francis Wodié et la presse. De larges extraits des questions réponses.

•Vous déclariez dans votre discours que les Ivoiriens devront cette fois prendre leurs responsabilités si les élections ne sont pas organisées. Quelle forme doit, selon vous, prendre cette prise de responsabilité ?

La première idée c’est que nous reconnaissons que la sortie de crise nécessite un accord. Depuis 2003, les accords entre deux ou trois personnes ont montré leur incapacité à régler effectivement les problèmes. Et chaque fois, on a appelé les Ivoiriens à respecter les dispositions des accords signés. Le dire, c’est reconnaitre le soutien que l’ensemble des Ivoiriens doit apporter à cet accord parce que nous sommes tous concernés. Alors pourquoi ne pas faire les choses simplement. Si nous sommes tous concernés, alors c’est ensemble que nous devons écrire les textes que nous allons respecter. Si on continue sur cette ligne en signant les accords entre belligérants et en demandant aux autres de venir les appliquer, si on donne le droit à deux ou trois de conclure des accords pour espérer régler les problèmes de la Côte d’Ivoire, alors, nous allons vers une impasse. Je dis que cette fois, il faut que nous prenions nos responsabilités. Le devoir des belligérants, c’est de nous ramener la paix. Ils n’y parviennent pas parce qu’ils n’ont pas toutes les clés. Le Pit a décidé de voir avec les autres partis politiques quelles décisions nous devons prendre ensemble. Nous avons rencontré le Rdr, l’Udpci et bien d’autres forces politiques et autres associations de la société civile. Il faut changer cette manière de régler les problèmes. Ça ne peut pas continuer comme ça.

•Vous affirmez que les auteurs des attaques contre les centres d’enrôlement et leurs complices sont connus. Qui sont-ils ?

Ecoutez, les attaques sont signées. On a connu la méthode avec les audiences foraines. A Williamsville, ce sont les étudiants qui ont été reconnus comme tels. Ils ont même négocié avec la police et la population pour restituer le matériel. Donc, on connaît ces gens-là. Et on sait qui les manipule. Je n’ai pas besoin de le dire. On a le sentiment qu’on multiplie à loisir les obstacles pour ne pas aller aux élections. On a trouvé un peu irresponsable qu’on engage les opérations d’enrôlement sans un minimum de sécurité après l’expérience des audiences foraines. Pourquoi agit-on ainsi? Maintenant, on demande des photocopies pour les actes. On ne comprend pas. Ceux qui prennent de telles décisions, prétendument dans l’intérêt de la Côte d’ Ivoire, doivent s’en expliquer. (…)

•Depuis un moment le Rhdp semble faire la cour au Pit. Allez-vous les rejoindre?

Nous faisons le tour des partis politiques et nous nous rendons compte qu’il existe des possibilités de convergence. Et, les partis politiques ne sont pas hostiles au dialogue national que nous proposons. Nous avons écrit au Fpi. Nous attendons d’être reçus par le Fpi pour leur dire ce que nous pensons. Nous voulons parler avec les Ivoiriens sans exclusive. Personne n’a la vérité.

•Le Fpi n’était pas à votre convention. Est-ce à dire que vos rapports ne sont pas au beau fixe?

Je ne veux pas critiquer le Fpi. Mais, il faut reconnaître que souvent ils nous ont fait de petits coups. J’ai rencontré Guéi la veille de sa mort. Il avait une colère noire contre Laurent (Gbagbo), parce qu’il estimait avoir été roulé. Quelle est cette manière de faire la politique qui veut qu’on se moque du malheur des autres? Mais, en même temps, ne croyez pas que le Pit va vers le Rhdp.

•Vous avez beaucoup insisté sur le changement de la Constitution alors même que le Pit a participé, sous Guéi, à l’adoption de ce texte?

Le droit est un moyen pour répondre à certains buts, à certaines fins. Comme les buts et les fins changent alors les moyens doivent pouvoir changer. Nous avons participé aux travaux préparatoires en 2000. Le plus important pour nous était de sortir du régime militaire. Malgré les griefs contre le texte, nous avons appelé à le voter, en ajoutant qu’il faudra le revoir le plus tôt possible. Ils ont publié le texte devant faire l’objet de référendum. Et, Guéi l’a changé, après avoir fait le tour de la Côte d’Ivoire. Dans le fond, cette affaire de «et» et «ou» n’était pas l’affaire du Pit. La Constitution a été adoptée en 2000. La guerre a éclaté en septembre 2002. Nous pensons qu’il faut adopter un nouveau texte pour montrer notre volonté de renouveau. Au départ, le régime actuel était donné comme un régime de Gauche. Il a aujourd’hui des pratiques de Droite. Je vois Gbagbo reproduire le système du Pdci, en recevant des catégories d’Ivoiriens au palais. Cela obéit à quoi ? Certes Gbagbo le veut, mais c’est parce que les populations aussi le veulent. Le respect que nous devons au peuple veut que le tenant du pouvoir aille voir les populations chez elles. Il ne faut pas les faire venir comme des troupeaux, moyennant quelques sous. Ce sont les cadres qui provoquent cette situation pour leurs petits intérêts. Quel est ce pays où il n’y a pas de plan général de développement? Quand le chef les reçoit, il crée des départements ça et là, alors que ceux qui existent déjà ont du mal à fonctionner. On ne multiplie pas les institutions en période de crise. Il faut gérer les choses dans l’ordre et la rigueur en se détachant des considérations électoralistes. On entend souvent dire: «On ira aux élections et on verra qui est qui ?». Ces élections ne sont pas faites pour voir qui est qui. Il s’agit d’abord de ramener la paix. Et, plus tard, on verra qui est qui. (…)

•Vous dénoncez beaucoup de choses dans le gouvernement alors que vous y êtes encore. Qu’attendez-vous pour vous démarquer des pratiques que vous désapprouvez ?

«On ne m’a pas laissé travailler», dit Laurent Gbagbo. Nous ne sommes pas dans ce gouvernement pour faire plaisir à Laurent. Nous y sommes sur la base de l’accord de Marcoussis. Nous avons certes des motifs de quitter le gouvernement, mais que ferons-nous après ? Comment allons nous pouvoir peser sur l’évolution des choses? Ne serait-ce pas une autre sorte de démission? Nous y sommes donc pour essayer de faire entendre la voix du Pit. Il faut être honnête, ça donne quelques moyens qu’on n’aurait peut-être pas eus si nous étions sortis du gouvernement. Mais, ces moyens sont à l’Etat de Côte d’Ivoire et non au Fpi. (…)

Propos recueillis par K. Marras D.

11.11.2008. 03:32

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