Témoignage d’un aventurier ivoirien
“Ici, avec une qualification professionnelle, on a 80% de chance d’avoir un boulot”Que faisiez-vous à Bouaké avant de vous retrouver ici à Tripoli ? C'est depuis 2000 que je suis arrivé ici, en Libye. Précisément à Tripoli où j'ai trouvé sur place, beaucoup de jeunes ivoiriens, avec lesquels nous faisons beaucoup de choses ensemble. A Bouaké, j'étais chauffeur de taxi. C'est lors du coup d'Etat militaire du général Guéi de décembre 1999, que 'les jeunes gens' m'ont arraché ma voiture. Mais que j'ai retrouvé par la suite en épave trois jours après. N'ayant pas les moyens pour la réparer, j'ai préféré la vendre pour tenter l'aventure. En prenant le désert, par le Mali, le Burkina Faso, le Niger. Puis l'Algérie pour entrer en Libye par le sud dans un village du nom de Gat. En route pour la capitale, nous sommes passés par Obari, puis Sabbah. Quatorze (14) jours de galère et d'incertitude. De Bouaké à Tripoli, combien avez-vous déboursé sur la route ? En tout,130 mille FCFA sur les 135 mille FCFA que j'avais sur moi, en quittant Bouaké. Mais quand j'arrivais à Sabbah, je n'avais plus rien sur moi. Dans cette localité, j'ai été obligé de faire de petits boulots pendant trois mois, pour avoir un peu de sou pouvant me permettre de rallier Tripoli. Une fois à Tripoli, qu'avez-vous fait ? A mon arrivée, disons qu'il n'y avait pas de foyer ivoirien. J'ai donc décidé d'aller vivre avec les immigrés maliens durant près d'un an. Et un jour, j'ai eu l'occasion de rencontrer Dao Lacinan que je connaissais depuis Bouaké. Il était venu évoluer ici, sous les couleurs de Al Itiat. Qui a été très étonné de me revoir ici. Je lui ai dit que j'étais ici en aventure. Il m'a même conseillé de partir d'ici parce que l'intégration n'est pas facile. Je lui ai dit que j'étais en train de me préparer à ça, mais ce n'était pas facile. On se fréquentait. Il logeait encore à l'hôtel. C'est de là qu'il a décidé de nous aider. En nous donnant la somme de 500 dollars qui nous a permis de payer la caution de ce qui allait devenir “le foyer des Ivoiriens”. Y compris son équipement en matelas. Des courses que j'ai effectuées en compagnie de deux autres compatriotes, Bamba Moussa qui se trouve en ce moment, en Italie et un autre du nom de Sylla. Officiellement, le nombre d'Ivoiriens recensés par l'Association des Ressortissants ivoiriens en Libye (ARESSIL) oscille officiellement entre 200 et 250. Dont une dizaine d'étudiants inscrits dans des universités libyennes. Combien de personnes peuvent loger dans un foyer ? Un foyer peut héberger au maximum 34 personnes. Nombre qu'on ne peut pas dépasser. Par mois, le coût de location revient à 180 dinars, soit 160 dollars. Pour revenir à ce que je disais plus haut, dès que nous avons obtenu le foyer, j'ai fais appel à tous les autres frères qui habitaient dans les foyers maliens et burkinabé. Ici nous vivons en symbiose avec le président Sylla Amara, qui travaille en ce moment à l'Ambassade de Côte d'Ivoire, en Libye. Votre serviteur étant le délégué culturel. Il est bon de préciser que notre foyer qui est au quartier Zimatah, est, à l'instar des autres foyers, une habitation temporaire de ceux qui viennent d'arriver. Le temps, de trouver un loyer et voler de ses propres ailes. Est-ce que vous continuez d'habiter encore au foyer ? Moi, je ne suis plus au foyer. Car j'ai pu me louer une maison juste à côté de là. Toutefois, je continue d'avoir un regard sur notre foyer. S'il y a un problème, j'interviens. Car, ceux qui viennent d'arriver ne comprennent pas la langue arabe que je maîtrise un peu pour avoir fréquenter l'école Dar-el- Adiss, à Bouaké. Pouvez-vous nous dire dans quel secteur d'activité on rencontre plus les jeunes ivoiriens? Disons-le franchement. La majorité de ceux qui arrivent ici, n'ont pas de métier. Ce qui est déjà un handicap. Mais quand vous avez une qualification professionnelle, vous avez 80% de chance d'avoir un boulot. Dans le cas contraire, ceux qui n'en ont pas, sont obligés chaque matin, de venir s'asseoir avec leur marteau et burin, pour attendre dans les carrefours, les ouvriers et patrons de chantiers, qui vont les employer sur des chantiers. Soit comme aide maçon ou balayeurs. La journée rapporte entre 10 dinars, (soit environ 4 mille FCFA) et 15 dinars (soit 6 mille FCFA). Interview réalisée à Tripoli, par Bamba Mafoumgbé
11.10.2008. 16:07










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