Alpha Blondy * icône culturelle de la Côte d'Ivoire

Alpha Blondy: Que la France demande à Trafigura de revenir chercher les déchets toxiques

Alpha Blondy Alpha Blondy est en boules. Alors que le procès des déchets toxiques déchargés à Abidjan par Trafigura Beheer vient de livrer ses premiers coupables, la superstar ivoirienne du reggae veut que les populations de Côte d’Ivoire en soient totalement débarrassées. Il demande pour cela à la France, en tant que présidente en exercice de l’Union européenne (UE) et ex-puissance colonisatrice de la Côte d’Ivoire, d’aider à organiser le renvoi de ces poisons vers leurs pays d’origine. C’est l’essentiel de l’entretien avec Alpha Blondy.

Notre Voie : Le procès des déchets toxiques déversés par Trafigura dans la ville d’Abidjan vient de donner son verdict. Deux personnes sont condamnées à des peines de prison fermes. Que pensez-vous de cette décision de la Cour d’assises d’Abidjan ?
Alpha Blondy : Je pense que cette décision peut calmer les esprits des victimes des déchets toxiques transportés et déversés à travers Abidjan, en septembre 2006, par la multinationale Trafigura Beheer à travers le navire Probo Koala. Malgré ce procès, ce scandale des déchets toxiques a un petit côté qui me gêne : ces déchets sont encore stockés en Côte d’Ivoire, précisément sur la route d’Alépé, près de la ville d’Abidjan. Je me demande pourquoi Trafigura ne viendrait pas chercher tous ces déchets pour les ramener à leur point d’origine. Selon un reportage de France 24, leurs odeurs continuent de se répandre dans l’atmosphère ivoirienne, parce que les sacs où ces déchets sont gardés sont en train de se défaire. Je comprends donc ce procès. Mais ce n’est qu’une première phase d’une procédure. Car la phase crucial, pour moi, c’est le renvoi de ces déchets hors du territoire de Côte d’Ivoire.

N.V. : Où faut-il les renvoyés ?
A.B. : Je ne sais pas. Mais Trafigura, dont le patron est français, sait très bien où elle les a ramassés pour venir les déverser en Côte d’Ivoire. Il paraît que ça provient des Pays-Bas. Je n’en sais rien exactement. Moi, je demande que la France, à travers son ambassade à Abidjan, joue son rôle en tant que président en exercice de l’Union européenne; je voudrais que Trafigura revienne sur ses pas pour embarquer tous ces déchets stockés en Côte d’Ivoire. Elle sauvera ainsi les populations de Côte d’Ivoire qui en souffrent toujours.

N.V. : Pourquoi ces déchets sont-ils toujours stockés sur le territoire ivoirien ?
A.B. : C’est la question que beaucoup d’Ivoiriens comme moi se posent. C’est révoltant, tout cela ! Et c’est en cela que je ne comprends pas le comportement de la classe politique ivoirienne. En effet, lorsque Trafigura a transporté chez nous ses poisons, au lieu de faire bloc derrière l’Etat pour mettre la pression sur ceux qui ont posé cet acte hautement criminel, certains de nos hommes politiques ont passé le plus clair de leur temps à accuser le régime en place : ils ont raconté que ce sont les amis de Gbagbo par-ci ou les gens de Gbagbo par-là, qui en sont responsables. Moi, j’estime que la question ne devrait pas être là. On devrait plutôt nous faire l’économie de nos problèmes internes, là où sont menacées toutes les vies, quelles que soient leurs appartenances politiques. Les hommes politiques devraient s’organiser de telle sorte que personne ne tire profit de la crise qui frappe notre pays à nous tous. C’est inacceptable, ce qui s’est passé. J’ai eu l’impression que ceux qui ont déversé ces déchets savaient très bien que l’arène politique ivoirienne allait s’accuser mutuellement pour que le crime reste impuni. Parce que, quel que soit ce que Trafigura a pu payer à l’Etat, les vies humaines ne seront pas restituées et, bien d’autres resteront menacées, comme celles de nous autres qui avons survécu à ce crime. On dit même que notre nappe phréatique est touchée, on dit que des bébés naissent déformés…A quel saint devons-nous donc nous vouer dans cette situation ? Ecoute, les déchets toxiques ne regardent pas ton appartenance politique ; ils s’en foutent si tu es FPI, PDCI, RDR, UDPCI, RPP, UDCY…Tous ensemble, nous avons donc le devoir de charger la France de demander à Trafigura de venir chercher ce qu’elle a ramassé et déposé quelque part. Après cela, nous continuerons nos “querellettes” habituelles.

N.V. : A vous écouter, les hommes politiques de Côte d’Ivoire ne se montrent pas solidaires dans cet autre malheur…
A.B. : Je doute fort bien que les autorités douanières et portuaires ivoiriennes, en réceptionnant ces poisons, savaient qu’elle en courraient elles-mêmes un danger de mort. Il est vrai qu’on aime tous l’argent, mais de grâce, je vois mal quelqu’un susceptible de prendre un tel risque dans lequel, aussi bien ses enfants, sa femme, ses frères que lui-même peut périr. Non, je ne pense pas que les gens aient été conscients de la toxicité des produits. Vous savez, les “gombo”, on en fait mais pas comme ça.

N.V. : Faites-vous allusion à un cas d’ignorance ?
A.B. : Je crois qu’ils ont péché par ignorance. Sauf le responsable de Tommy, qui a pris 20 ans de prison ferme. Une confidence : un responsable de l’ONU m’a dit un jour que le problème est très grave – avec autant de cet adverbe de manière que vous voulez. Il m’a signalé qu’on devrait évacuer les gens jusqu’à un rayon de 15 km des sites pollués. C’est dire que le tout Abidjan devrait être déguerpi. Vous voyez, jusqu’à aujourd’hui, des gens continuent de mourir des déchets toxiques. Je vous avoue que la pneumonie dont je souffrais, c’était les déchets toxiques. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’Ivoiriens qui ont des problèmes de peau, de respiration, des maux d’oreilles, de tête ; il y a des enfants qui souffrent d’asthme sans parler de grossesses bizarres chez les femmes.

N.V. : Alpha est donc une des victimes des déchets toxiques ? Aviez-vous déclaré votre mal ?
A.B. : Ecoutez, ma petite vie n’est rien par rapport à celles des personnes tuées, tous ceux qui sont plus affectés que moi par les déchets toxiques.

N.V. : Vous êtes-vous fait soigner ?
A.B. Oui. D’abord ici à Abidjan, à la Polyclinique internationale Sainte-Anne Marie (PISAM). Ça m’a frappé lorsque j’étais en tournée américaine. La radio qu’on m’a fait faire a révélé certes la pleurésie mais aussi des traits sur mon poumon, dont on ne savait pas la cause. Ensuite, dans un hôpital américain, à Hawaï, le même diagnostic a été posé. Bref, je ne souhaiterais pas qu’on se focalise sur le cas Alpha Blondy. Ok ? Ce qu’il faut retenir, c’est que Alpha est un Ivoirien qui respire comme tout autre. Tenez, des gens qui habitent près des sites où les déchets avaient été déchargés à l’époque sont venus me voir ; ils formaient un collectif.

N.V. : Pour quelle raison ?
A.B. : Pour me demander d’intervenir auprès des autorités ivoiriennes afin qu’elles se penchent sur leur sort ; ils voulaient en fait qu’on dégage les déchets toxiques de leurs différents périmètres. Quelque temps plus tard, j’ai appris qu’on les a ramassés. Mais pourquoi ces déchets mortels sont-ils encore stockés quelque part ? Et ce qui vient de se passer, le mois dernier, à M’Bahiakro (centre du pays, ndlr) où on nous a signalisé l’hospitalisation de trois cents personnes victimes de ces déchets que quelqu’un y auraient déversés ? C’est quoi cette foutaise ? Pour moi, celui ou ceux qui ont laissé sortir le bateau des eaux européennes pour arriver jusqu’à Abidjan sont hautement aussi coupables que ceux que la justice ivoirienne vient de reconnaître comme tels. Savez-vous pourquoi ? Il y a une loi européenne qui interdit que les déchets toxiques sortent du continent européen. Pourquoi a-t-on laissé Trafigura violer cette loi pour que le navire Probo Koala accoste à Abidjan? Bon, le jeu des criminels a marché. Si vous déchargez ces poisons à Abidjan, on ne se posera pas trop de question ; tout le monde dira que c’est Gbagbo et son entourage. Je ne voudrais pas qu’on interprète mal ce que je suis en train de demander aux autorités françaises. Je voudrais qu’elles demandent aux responsables de Trafigura de venir chercher ce qu’ils ont déposé ici. Parce que si ça continue comme ça, des personnes qui en auront marre, iront chercher ces déchets toxiques pour les décharger devant l’ambassade de France.

Entretien réalisé par Schadé Adédé

27.10.2008. 08:24

woody styley le 27.10.2008. 14:59

parent blondy je suis d´accord avec toi.

je vais aussi partir sur les medias suedois pour dire la même chose.

dechet toxic = bombe atomique cela donne les mêmes malaises .Il faut que la tranfigura reprenne leurs merde

woody styley

Ecrire un commentaire

* = mention obligatoire

:

:

:


2 + 7 =

Thématiques


Ble Goude
dechets toxiques abidjan Côte d'Ivoire
Laurent Gbagbo
Simone Gbagbo
Soro Guillaume

Commentaires

Syndication


pub spécialLa Presse ivoirienneLa filire caf cacao

Derniers Articles